L’intolérance à la caséine et moi…

Comme certains le savent, je suis également adhérente à l’association So’Lille. J’y ai rencontré des personnes très intéressantes, dont notamment Bianca, jeune Québécoise, intolérante à la caséine qui nous fait part de son expérience…

Bianca

Vous pouvez retrouver le facebook de l'association So'Lille (anciennement UAH) via ce lien

On entend, en France, parler un peu de l’intolérance au lactose, aux noix (arachides incluses) et au gluten. Il est un peu plus connu au Québec, d’où je suis originaire. Mais, il en reste que l’univers des allergies (et des intolérances) alimentaires reste quelque peu mystérieux.

On le connait de l’extérieur un peu. Il prend diverses formes :

Il y a ceux qui ne mangent pas certains aliments parce qu’ils sont mal digérés (on parle alors d’intolérance)

Il y a aussi ceux dont le système immunitaire réagit au contact de l’aliment comme si on venait de lui présenter l’ennemi public numéro un et qu’il fallait l’éliminer en sortant les armes de destructions massives (salut l’allergie !)

L’intolérance au lactose est un problème de digestion qui témoigne d’un déficit d’une enzyme, la lactase. Celle-ci ne digère plus le lactose qui se retrouve au niveau de l’intestin où il fermente.

Le lactose est le principal sucre du lait. On ne le trouve d’ailleurs que dans le lait et ses produits dérivés.

L’importance des symptômes varie d’un individu à l’autre. Elle est fonction de l’activité lactase restante et de la quantité de lactose absorbée.

Les symptômes apparaissent le plus souvent entre 30 minutes et 2 heures après l'ingestion de la nourriture contenant le lactose. 

Ils sont de deux types :

- des symptômes intestinaux tels que gaz, sensation de ballonnement, crampes abdominales, diarrhée, nausées, vomissements ;

- des symptômes généraux comme des maux de tête, une fatigue, des douleurs musculaires et articulaires, etc.

Source : Améli

Mais la problématique des intolérances (et des allergies) en reste beaucoup complexe que la simple privation du bon verre de lait, de la bonne tartine de pain au blé ou du fameux beurre de cacahuète (c’est populaire chez moi). Les non-allergiques ou non-intolérants ne connaissent ni la contamination croisée, ni l’angoisse que peut amener un repas. Ce que je te propose… c’est une brève excursion dans ce qui constitue le quotidien de mon frère depuis ses deux ans et mon univers depuis mars 2012.

J’aurais toujours une image de mon petit frère à l’âge de trois ans, avec un air frustré sur le visage, lorsque maman a découvert les pots de yaourt fraîchement achetés, cachés dans le tiroir à chaussettes à côté du lit en forme de camion de pompier de mon frère. Le fameux « C’EST MON MIEN! » d’incompréhension de Fred. On ne naît pas nécessairement avec une intolérance alimentaire. On peut aussi la développer avec le temps. Si mon frère est intolérant au lactose de naissance, je suis intolérante à la caséine depuis mes 19 ans.

Je sens que la question brûle les lèvres : La caséine, c’est quoi ?

J’ai, en effet, décidé de faire original dans mon intolérance – si l’intolérance au lactose (ou lactosérum) est de plus en plus connue, la mienne l’est moins (voire pas du tout). Deux des composantes des produits laitiers sont potentiellement allergènes:

Le lactose est le sucre naturellement présent dans le lait. Il peut être extrait et sera très peu présent dans certains fromages (dont le raffinement permet d’éliminer une grande partie). La personne qui réagit au lactose ne produit pas en assez grande quantité l’enzyme qui permet de digérer convenablement les laitages, les beurres et autres dérivés du lait. Il existe des cachets d’enzymes qui permettent de corriger cette situation dans une mesure minimale permettant une alimentation « normale » bien qu’il ne faille pas nécessairement abuser des produits laitiers.
La caséine est la protéine qui donne au lait sa teinte blanche et qui est présent dans le lait de tous les mammifères. La solution est ici plus complexe à trouver mais peut se résumer en quatre mots : diète sans produits laitiers. Joie, bonheur et allégresse! Adieu fromage! Adieu glace! Adieu beurre!
Le sacrifice pour moi – qui mangeait un ou deux litres de glace en un clignement d’œil et buvait des quantités astronomiques de lait par semaine – a été plutôt grand mais en valait largement la chandelle. Mes symptômes étaient nombreux : reflux acide, douleur articulaire (dos et genoux), nausées, constipation, diarrhée, saute d’humeur, plaques rouges, gonflement du ventre… et ont tous disparus assez vite avec le retrait du lait de mon alimentation. Mes symptômes étaient en eux-mêmes très distincts de ceux de mon frère. Mais cet article ne vise pas à vous conseiller nécessairement de faire comme moi. Je salive quand même en voyant quelqu’un qui mange une poutine… et j’envie encore ceux qui mangent de la glace (surtout menthe et chocolat) devant moi.

La poutine est un mets d’origine québécoise constitué de frites et de fromage en grains (cheddar frais) que l’on recouvre d'une sauce brune. Son origine n'est pas connue précisément et il en existe de nombreuses variantes : différentes sauces, fromages, ajout d'autres ingrédients, etc.

L’adaptation, en elle-même, à un régime sans un allergène est parfois un chemin parsemé d’embûches. Les premières courses que j’ai faites à Montréal ont été fastidieuses. J’en conserve un souvenir amer d’un panier de courses à l’allure anorexique pour le temps passé. Je crois que j’étais néanmoins chanceuse d’être au Québec dans une grande ville parce que j’ai eu accès à des produits de remplacement. Ouvrir mon frigo dans l’appartement que je partageais avec mes parents et mon frère, c’était nécessairement tomber sur des produits laitiers dans un compartiment à eux (que j’ai gentiment surnommé le bac à poison) et du lait… mais cela ne voulait pas dire que je n’avais rien. Nous avons appris la différenciation alimentaire : faire de la lasagne ? Pourquoi pas! Mais celle de Bianca n’aura pas de fromage. Plutôt que de faire cuire dans du beurre… on va faire cuire dans de l’huile.

Se méfier des évidences n’est pas le pire. Étonnant le nombre d’endroits étranges où l’on cache des produits laitiers. Le lactose est un agent de conservation puissant – il se trouve dans beaucoup de choses : la margarine, les charcuteries et même les bonbons en contiennent. Vous seriez étonnés de voir le nombre de médicaments qui me rendent malade parce qu’ils contiennent du lactose (les antihistaminiques ironiquement sont du nombre). Pour sa part, la caséine est utilisée dans les vins blancs comme « colle » et son inscription sur les étiquettes n’est obligatoire que depuis 2012 en Europe. Mes parents et moi ont aussi appris à nos dépens que « sans lactose » ne veut pas nécessairement dire sans caséine. Certaines marques qui affirment qu’elles « peuvent contenir » ne me rendent pas malade, d’autres oui ! J’ai vu des produits extraordinaires apparaître dans mon supermarché québécois. J’ai ici une pensée pour le fameux faux-mage dont l’argument de vente clairement indiqué sur le paquet est « fond et s’étire » qui n’est pas foncièrement mauvais si ce n’est que je n’ai jamais réussi à le faire fondre personnellement (une fois à 260 degré pendant vingt-cinq minutes) et des yaourts qui ont fini changé en smoothies parce que je ne suis pas (encore) assez désespérée pour les manger à la cuillère.

Sortir pour manger (chez des amis ou dans un restaurant) est devenue angoissant. Que je le veuille ou non, je n’ai pas le contrôle de la cuisine. Ça ne me dérange pas de me faire appeler pour me faire demander si je peux ou ne peux pas manger quelque chose – ça me flatte que l’on pense à moi. Ça ne me dérange pas que l’on m’appelle pour me mettre au courant et que je prévois une partie du menu – j’ai fourni mes purées plus souvent que vous ne le croyez. J’ai eu de bonnes expériences – des amis qui se sont informés, des restaurants qui se sont montrés prévoyants et très adaptés (Pacini, Saint-Hubert et Scores sont des restaurants extraordinaires à mes yeux)… et disons que j’ai eu droit à de ravissants fiascos (dans des restaurants que je n’avais pas choisi et que je n’avais pas appelés au préalable).

Mon plus grand drame personnellement a été de perdre la pâtisserie le temps que je reprenne mes marques dans ma cuisine. Bibitte à sucre, bec sucré ou gueule à chuc’… appelle ça comme tu veux ! Je ne cacherais pas que le dessert et moi entretenons une LONGUE et PASSIONNÉE relation. Alors j’ai réfléchi – parce qu’il faut repenser sa cuisine. J’ai trouvé des produits de remplacement. J’ai recommencé à pâtisser. Le beurre devient du saindoux – la margarine ne fait pas un bel effet en pâtisserie. Le lait, du lait de coco. Le babeurre, du lait et du jus de citron. La crème fouetté, du cool whip. On en vient même à presque oublier le goût du beurre.

Je n’ai toutefois pas intention de me réduire à une intolérance. Ça ne m’a pas empêché de vivre – et ça ne doit pas. Les intolérances ou les allergies sont chiantes, handicapantes en un sens même… Mais je ne vais pas vivre cloîtrée dans ma maison. J’ai voyagé et je continue à le faire. Pour une expédition courte, j’avoue que je favorise l’auberge de jeunesse pour avoir accès à une cuisine qui me permet de me sentir confortable et d’éviter l’angoisse du restaurant. J’ai eu la chance de vivre au pair à Londres pendant deux mois et d’être dans une famille juive qui s’adaptait partiellement à moi. J’ai pleuré encore une fois de désespoir dans une épicerie à Bath, à Cardiff, à Tenby et à Bridport… Mais j’ai survécu et visiblement je n’ai pas appris la leçon.

Je me suis lancée corps et âme dans une aventure sans queue ni tête avec quelqu’un pour qui les produits laitiers sont un ennemi aux conditions de vie : venir m’installer au pays de la pâtisserie pure beurre, fromage odorant et vin blanc… pendant TROIS ans ! Brillante Bianca qui vient s’expédier en territoire ennemi ! Je ne peux pas vous exprimer à quel point je remets en doute ma décision à chaque fois que je fais mes courses – ma première expérience chez Carrefour m’a pris près de cinq heures et je suis sortie sans bien des produits. Votre yaourt de soja est peut-être mangeable mais beaucoup de mes produits me manquent. J’ai droit à exactement une margarine – ne mentionnons pas ma graisse végétale tant aimée qui sert de base à mes pâtisseries. Mes produits sont nécessairement biologiques. J’ai appris à faire par moi-même. Je n’ai pas vraiment le choix après tout. Dans ma bibliothèque, vous trouverez des livres de cuisine sans allergies. C’est d’ailleurs avec les mots du prélude de Peut contenir des traces de bonheur de Julie La Rochelle et Sébastien Lord – qui sont les fondateurs qu’une grande compagnie québécoise qui se spécialise dans le « sans allergie », soient les aliments Ange-Gardien – que je veux conclure : « Cuisiner est un plaisir. Il s’agit d’une perspective que l’on peut facilement perdre de vue lorsque nous avons des enfants allergiques. »… mais c’est aussi vrai quand on est intolérant alimentaire.

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